« Le terrible printemps 17 »

Je ne vais pas revenir sur les récentes cérémonies de la fin de la Boucherie nationale de 1914-1918 dont il était largement question à travers les médias (télévisuels et écrits) ces jours-ci.

La venue de certains grands – pas toujours respectables – ne vaut pas qu’on leur fasse de la publicité. Car ce sont souvent les mêmes qui favorisent – à croire qu’ils n’ont tiré aucune leçon de la tragédie de 14-18 – les exportations d’armes et les guerres, en espérant pensent-ils, que ceux à qui ces armes sont adressées, ne s’en serviraient pas !

Durant ces cérémonies, dommage que l’on ne se soit pas souvenu de certains textes pour, simplement rappeler, que nul ne s’en va en guerre la fleur au fusil. Il y a, pourtant, des textes et chansons qui rappellent cela. Je fais référence, entre autres, au très remarquable livre « Florilège de la chanson révolutionnaire de 1789 au Front populaire » de Robert Brécy (Ed. Hier et demain, 1978) et je me permet de citer un passage de cet ouvrage…

« Nous n’allons pas raconter ici les mutineries de mai 1917 dans l’armée française à la suite de l’échec sanglant de la « tactique Nivelle » au Chemin des Dames (40’000 tués et 80’000 blessés entre le 6 et le 19 avril) de la décision du Haut-Commandement de reprendre des « attaques d’usure ». Il y eut dans la troupe un mouvement de protestation contre ces méthodes de guerre insensées, se traduisant par des refus de monter en ligne ; une sorte de grève des soldats.

 Ce « ras-le-bol » s’est traduit aussi dans quelques chansons – très rares, pour les raisons qu’on imagine : les auteurs étaient recherchés et les chanteurs sévèrement punis.

Jean Nivelle nous a nivelés
Et Joffre nous a offert à la guerre
Et Foch nous a fauchés…
Et Pétain nous a pétris…
Et Marchand ne nous a pas marchandisés..
Et Mangin nous a mangés…. »

                                     Frans Masereel, février 1917 (tiré de l’ouvrage cité ci-dessus)

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Salut l’artiste !

« Dès les années 50, il s’affranchissait des mélodies, des accords et même des notes pour inventer la musique concrète. La génération techno voit en Pierre Henry son prophète» (in : Télérama, 4.12.2010)

Bizarre, je ne vois pas PH dans la peau d’un « prophète » !? Ne disait-il pas, à propos de la techno, « que c’est du rythme, de la transe, de la fièvre. Pas de la vraie musique » ? J’avoue, être assez d’accord avec cette remarque.

Début novembre 2018, sous un ciel gris dont Paris a le secret, mes pas me conduisaient au 32 rue de Toul, voir ce qu’il pouvait rester du studio « Son-Ré » de Pierre Henry, décédé en 2017. Accolée contre un grand immeuble, comme par défi, mais pour combien de temps encore, cette petite maison est aujourd’hui enfouie sous un épais lierre. On devine tout juste le mot « Son-Ré » sur ce qui fut la boîte à lettres. Au travers les vitres sales, on devine un espace vidé de tout objet et noir.

Que sont devenus son matériel ? Sa musique sur bandes magnétiques ? Ses livres, ses peintures et bien plus encore ?

Je repars, un peu triste – Pierre Henry était un personnage fascinant – mais ce dont je suis sûre, son immense œuvre lui survivra. Quant à sa petite maison, rigolote, elle est menacée de destruction (ce que j’ai vu ne ressemblait visiblement pas une construction !). A moins que…..

Studio « Son-Ré »

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« Pays de Merde »

Le  21 janvier dernier, le journal belge « Le Soir » publiait une lettre ouverte du poète James Noël. Cette lettre – assez longue – m’a été transmise par des amis et dont je vous livre de larges extraits, ci-dessous. Dans ce message, J. Noël s’exprime en réaction à l’emploi de « pays de merde » par  Donald Trump pour qualifier, entre autres, Haïti, son île natale.

James Noël, poète et romancier haïtien, est l’auteur de nombreux recueils de poèmes. En septembre dernier les éditions Zulma, publient son premier roman « Belle Merveille ». Il y relate notamment, l’absurdité de l’humanitaire sur fond d’histoire d’amour sismique. Il anime également la revue « IntranQu’îlllités ».

Pour des informations plus complètes, voir : « Wikipédia », onglet recherche : James Nöel.

 Battery Park, NY 2013

« Cher Donald,

Je vous écrit depuis Calcutta, où je suis en résidence d’écriture pour une dizaine de jours. N’entendez pas des bruits de chaînes ou de bracelet électronique d’un ressortissant assigné à résidence surveillé chez les Indiens. C’est en toute liberté que je me penche comme un arc, non pour vous lancer des flèches, mais pour vous parler sincèrement, comme on pourrait le faire à un jeune ami en difficulté, à un petit frère troublé, ou encore, pourquoi pas, à un nourrisson pas encore sevré.

(…) C’est curieux, cher Donald, de me retrouver dans le bouillonnement d’une ville aussi loin de chez moi, pour méditer sur votre situation, alors que des personnalités, des voix diverses et variées s’en prennent déjà à vous, touchées qu’elles sont au plus profond d’elles-mêmes à cause de vos dérapages et de vos déclarations indigestes.

(…) Beaucoup de gens pensent que vous ne pensez pas, et préfèrent se taire en attendant que passe le cauchemar que vous incarnez. Le problème, c’est que vous pensez, mais votre pensée sent mauvais.

(…) Vous jouez à la roulette russe depuis votre arrivée au pouvoir, votre nouvelle insulte  n’est pas une atteinte aux peuples, vous avez commis un attentat contre vous-même. Pour brasser davantage la substance qui vous travaille, vous qualifiez  « pays trou de merde » tout ce qui parait noir, bleu, arabe à votre « oeil ». Vous êtes ce qu’on appelle en Haïti une Belle Merveille, une catastrophe monsieur le président.

(…) En vilain petit canard, vous êtes Donald, non pour être au service d’un rêve, mais simplement pour garantir sur la toile, le destin animé de tout un peuple que vous marinez dans la boue depuis votre installation à la maison blanche. (…) ». Je vous écris ces mots que vous ne lirez sûrement pas. (…) Car après tout, ces pays sont dans votre viseur, leurs concitoyens des cibles possibles. Si votre peuple laisse faire, particulièrement ceux qui vous ont élu, comme l’a si bien souligné Raoul Peck, ils seront complices.

Extrait de la réaction de Raoul Peck : Si le peuple américain, en particulier les gens qui l’ont élu, les gens qui lui permettent encore, les gens qui travaillent actuellement avec lui à la Maison Blanche, ceux de son propre parti – sénateurs, membres du Congrès, qui ne tolèrent pas seulement lui, le défendent, protégeant même ses comportements les plus scandaleux, ne résiste pas une fois pour toutes à cette pathologie écoeurante et suicidaire, ils entreront dans l’histoire non seulement comme complices, mais, comme dirait James Baldwin, comme des criminels.

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Au « Mur des Lyonnais » – 2017

Je ne connais point Charles Juliet…..mais son texte, peint adroitement sur le « Mur des Lyonnais  » rue de la Platiere….. à Lyon, nous rappelle qu’en ces temps où tout tend vers le « technique », le « facebook »….tout espoir n’est pas perdu, puisque tavernes, cafés et librairies nous survivront et qu’ils seront toujours fréquentés….du moins, je l’espère. Voici son texte :

« Dans la rue où tu marches avec la crainte d’être pris en faute, à tout instant tu vérifies si la veste et le col de ta chemise sont bien boutonnés, et il t’a fallu un long temps avant que tu oses entrer dans un café, un temps encore plus long avant que tu ne te risques à pousser la porte d’une librairie. »

Bonne année 2018

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La liberté…..

compo : Anaïs

« La liberté n’est qu’un vain fantôme, quand une classe d’hommes peut affamer l’autre impunément.

L’égalité n’est qu’un vain fantôme, quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie ou de mort sur ses semblables.

La république n’est qu’un vain fantôme quand la contre-révolution l’agresse de jour en jour par le prix des denrées, auxquels les trois-quarts des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes. »

Jacques Roux : Discours à la Convention du 25 juin 1793

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Un marché bien complaisant !

« Le marché accueille toujours très positivement les coupes dans les effectifs », écrit de manière décomplexée un certain Yann Quelenn, analyste de marché auprès de Swissquote (ça doit être notre CAC 40 ?!). Il s’est exprimé ainsi dans le journal local, « L’Impartial » du 15 février dernier. On croirait volontiers qu’il fait partie de cette génération sans états d’âme !

Il encense ainsi la dictature financière (du CAC 40, de Swissquote et de leurs acolytes) et, pas de doute, ce monsieur rêve d’un monde à la George Orwell. Ce dernier, dans son ouvrage « 1984 » l’affirme : « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force ». Vision, oh combien prémonitoire ! La guerre, ça rapporte à une poignée de marchands de morts gros, voire très gros….quant à la paix, ça fait ringard. Problème avec la guerre : c’est les peuples qui en prennent plein la figure. L’ignorance, aussi c’est très pratique, on fait dire n’importe quoi, en présentant même les mensonges comme de grandes vérités. Problème, là aussi : il y a des gens qui pensent….et marchent en dehors des clous ! La liberté : à condition de rester dans le rang, la fermer. Les « effectifs » doivent en être convaincus. C’est pour leur bien que le « marché » dégraisse…..pour créer des emplois !!

Allons-nous vers un monde à la G. Orwell, vraiment ? En tout cas, dans son « 1984 », il a imaginé un pouvoir formé de quatre ministères : le ministère de la Paix, qui s’occupe de la guerre, un ministère de la Vérité qui diffuse les informations et les divertissements. Il y a le ministère de l’Amour qui veille au respect de la loi, et le dernier, celui de l’Abondance, est chargé des affaires économiques.

Bonne journée

A lire : George Orwell « 1984 », Ed Gallimard – Folio, 1950

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Que l’année 2017 vous soit bonne !

Sequenza – compo Anaïs

Mais, 2017 c’est aussi les 100 ans de la Révolution d’Octobre ! Et….
Bonne visite sur ce site

 

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Marianne *

Un autre monde (compo Anaïs)

*Marianne :  surnom de la République française, représentée par un buste de femme coiffée d’un bonnet phrygien. Ce surnom apparut pour la première fois en 1792
(in : Larousse)

Marianne, ma sœur
mon égale
libre et fraternelle,
penchée à la fenêtre
de notre tour d’ivoire
ne vois-tu rien venir
sur l’horizon
poudroyant de poussière

Non, je ne regarde pas,
Je ne veux pas savoir

Marianne,
des hommes et des femmes viennent à notre rencontre
Ils ont quitté leurs villes, leurs villages ou leurs terres
décimés par les famines ou par les guerres
Ils ont marché avec obstination
mais leurs enfants sont allongés
sages et bien coiffés
sous un linceul de cendres et de vagues

Non
Ne le soulève pas
Je ne veux pas les voir
Je ne veux pas y croire

Marianne, ma sœur et mon égale
Chassés, ils fuient, et s’ils se battent
c’est pour vivre et aimer
sauver leur peau,
sortir de la nuit et déployer leurs forces
Enfants encore mais si vieux d’avoir tant enduré
Leur parole bafouée, ils doivent supporter
un accueil suspicieux et des tests perfides

Non, non
ne me les montre pas
Je ne veux pas que la honte
jette sur moi son voile

Marianne,
leurs griots les racontent,
leurs poètes chantent leurs sagas
Entends-tu leurs récits ?
Il était une fois un père et une mère
que l’infortune poursuivait
Ils firent venir leurs enfants
et leur parlèrent ainsi
Toi mon fils, mon âme, mon enfant
nos mers sont vides de poissons
nos terres ne donnent plus, asséchées ou muettes
ou sont vandalisées.
Tu partiras de par le vaste monde
offrir ta vie à d’autres que les tiens
élever les murs de villes étrangères
ramasser d’autres fruits, sarcler d’autres terres

Toi, ma fille, la perle de ma vie
ne te retourne pas
ton enfant dort contre mon sein
Va-t’en veiller au-delà de la mer
sur d’autres vieilles que moi
sur des enfants qui ne sont pas le tien
Pour nous, pour nos petits, pour ta désolation

Fuis, mon enfant !
Tu es notre avenir, fuis !
Ailleurs est le nom de ton nouveau pays
Fuis, tant qu’il est encore temps !
Un jour nous serons réunis
si dieu le veut, ici ou là
s’il retrouve nos âmes
au milieu des gravats

Une barque vous attend sur la rive
les tempêtes aussi et la main du passeur
qui réclame son dû
et les gardes des côtes que vous allez atteindre
Quand nous reverrons-nous ?
Nos yeux ne savent pas le lire,
ces pays trop lointains
emplissent nos visions de nuages épais

Marianne,
ils sont tous différents, nulle histoire identique
ils franchirent les collines, les déserts et les mers
Rien, douleurs, épreuves, injustes châtiments
ne leur fut épargné, mort et brutalité
Aucun talisman ne put les protéger.
Notre verre est plein d’un vin amer
C’est pourtant nous qui l’avons fait mûrir

Non
Non, ne me raconte pas
Je ne veux pas comprendre

Sous le fard asséché qui craquelle,
le temps ralentit et se fige
nos gestes s’amenuisent
même respirer est oppressant
Notre tour se fissure et s’ébranle.
Sur nos frontières hérissées
ils butent, et pourtant
ils ont l’espoir et nous sommes l’oubli

Or la mémoire est une sève vive
qui pousse vers le ciel
la volonté farouche d’arbustes de combat
Ils réclament de penser, d’agir et de rêver
sans vivre dans la peur
Sous les murs et sous les barbelés
ils lancent des rhizomes, des treillis de racines
les forêts de demain, forêts de liberté

Mais les forêts, Marianne,
sont lentes à pousser
l’eau manque, et la pensée
et les bras pour construire
Tu te dis libre et fraternelle
Ces mots gisent à nos pieds
Ramasse-les, insuffle-leur la vie
Retrouve ton chemin !

© Aliette Zumthor, Paris

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Ecouter – Collecter – Composer

La première étape consiste d’abord à écouter « avant de tendre un micro, il faut tendre l’oreille » (in : L’écoute du monde, contribution de Cécile Regnault – Cartes postales sonores, Ed. Lucie éditons). Se promener, analyser le paysage sonore, mais aussi pouvoir se trouver sur les bons lieux au bon moment. Tendre l’oreille, c’est se laisser aller aux univers sonores les plus originaux que possibles. Saisir les atmosphères.

Puis, la deuxième étape est la récolte, micro tendu vers les lieux caractéristiques choisis. Lors de la prise de son, un tri est fait, parfois un montage sur papier est nécessaire permettant de faire une analyse « in situ ». Capter la ville offre d’infinies possibilités, le paysage sonore variant constamment, la récolte peut s’avérer très problématique aussi, mais être à l’affût d’une sonorité, d’une atmosphère particulières reste fondamental.

Troisième étape : la composition. La prise de son offrant un choix assez considérable, il s’agit de faire un tri, de mettre en « image sonore » les éléments récoltés, que privilège-t-on ? Difficile question à laquelle il n’y a pas toujours les bonnes réponses. Il faut inventer, « re-composer une carte postale sonore de l’unité auditive paysagère identifiée précédemment en inventant une forme sonore très lisible » (in : C. Regnault « L’écoute du monde »). Et, surtout, il faut la rendre « lisible » au public. Cette « re-composition », passe aujourd’hui, aussi,  par l’ordinateur, devenu un outil incontournable, qui permet de livrer une image sonore, parfois un peu transformée et imaginaire.

Pour plus d’informations : La lecture de l’ouvrage, « L’écoute du monde », édité en 2015 (Lucie Editions, Nîmes) peut s’avérer très utile, car les nombreuses contributions proposent aussi bien l’analyse de l’écoute paysagère que de l’environnement sonore, de l’architecture.

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Des roses et du pain

Granulator – compo Anaïs

1er mai 2016….et, la paix pour cette planète où les civils sont si mal traités, car…., comme le dit l’extrait de la chanson ci-dessous, interprétée – entre autres – par Yves Montand :

« Tant qu’y aura des militaires,
soit ton fils, soit le mien,
On n’ verra, par tout’ la terre,
Jamais rien de bien !
On te tuera pour te fair’ taire,
Par derrière, comme un chien;
Et tout ça pour rien ! (bis) »

paroles Rosa Holt, musique Henri Goublier, fils (1935)

Belle journée à toutes et tous.

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